Il y a des rencontres qui ne commencent pas par des mots.
Elles commencent par un bijou.
Fabien, je l’ai repéré ainsi.
Dans une pièce, lors de soirées où l’on croise beaucoup de monde, il portait déjà des bijoux. Des bijoux qui attrapent l’œil au vol.
Volumiques. Structurés. Avec des lignes qui ne cherchent pas à plaire, mais à exister.
Je ne connaissais presque rien de la personne.
Seulement cette évidence : quelqu’un qui porte ce type de bijoux a quelque chose à dire.
Alors j’ai osé.
Je me suis approchée pour engager une conversation joaillière.
(Ne prenez jamais peur si un jour je fais la même chose avec vous : si je viens vous parler, c’est que votre bijou m’a parlé avant vous.)
Passer de l’autre côté du miroir



Fabien a longtemps été de l’autre côté.
Celui de l’amateur éclairé, du passionné attentif, du regard qui observe sans encore fabriquer.
Puis un jour, il a basculé.
Il s’est lancé dans la création joaillière en prenant le métier par la racine.
La cire d’abord.
Puis le métal.
Puis le serti.
Toutes les étapes. Une à une. Sans brûler les marches.
Il entre en formation chez ELEMENTOR, une structure qui propose un enseignement exigeant :
des cours par semaine, par trimestre, pour permettre un travail en autonomie réelle, de la cire au bijou fini.
Trois ans d’assiduité.
Trois ans à apprendre, rater, recommencer.
Les ratés comme expériences

Ce qui me touche profondément chez Fabien, c’est son rapport à l’erreur.
Ou plutôt : son refus d’en faire un échec.
Certaines expériences ratées deviennent des bijoux uniques.
Des pièces qui n’auraient jamais existé autrement.
Des formes nées d’un déséquilibre, d’un geste un peu trop appuyé, d’une idée qui bifurque.
On est loin de la perfection lisse.
On est dans l’accident maîtrisé, celui qui crée une identité.
Métaux vivants, gemmes assumées
Fabien travaille des métaux qui vivent :
bronze, laiton, argent.
Des métaux qui se patinent.
Qui chauffent.
Qui racontent le temps.
Ses bijoux sont massifs, oui.
Le poids est là, assumé.
Mais l’ergonomie est étudiée, pensée, posée sur le corps en vrai.
Et puis il y a les gemmes.
Avant même la technique, Fabien est tombé amoureux des pierres.
Il choisit avec un œil sûr, instinctif.
Des gemmes à géométrie forte,
des lignes nettes,
des angles assumés.
Il joue avec les couleurs :
celle du métal,
celle de la pierre,
celle des patines qui évoluent.
Le clinquant doré devient un terrain d’expérimentation, jamais gratuit, toujours dialoguant avec la matière.
Des bijoux presque sculptures

Quand Fabien ouvre ses boîtes, le temps ralentit.
On découvre ensemble ses créations :
bagues XXL,
manchettes puissantes,
broches presque architecturales.
Il les porte lui-même.
Sans posture. Sans démonstration.
Comme une extension naturelle de son corps.
Ces bijoux ne cherchent pas la discrétion.
Ils ne cherchent pas non plus l’effet.
Ils sont là. Point.
Timidité intérieure, puissance extérieure
Ce qui frappe, c’est le contraste.
Fabien est d’une grande timidité.
D’une honnêteté rare.
Humble. Avenant. D’une finesse presque déconcertante.
Et pourtant, ses bijoux prennent de la place.
Beaucoup de place.
Sa sensibilité est inversement proportionnelle au volume de ses créations.
Plus il est discret, plus ses bijoux parlent fort.
Il n’est ni joaillier au sens académique,
ni gemmologue de formation.
Et pourtant, il possède une culture joaillière et gemmologique profonde, construite par la curiosité, l’observation, l’amour sincère du bijou.
Merci pour le cadeau
Je remercie Fabien pour ce moment.
Pour cette conversation passionnée.
Pour ce cadeau qu’il m’a fait :
me laisser découvrir une autre facette de sa personnalité.
Je suis fan de cet homme.
De sa manière de faire.
De sa manière d’être.
Et surtout, de cette évidence qu’il incarne :
la joaillerie n’est pas qu’une affaire de titres,
mais de regard, de temps, de courage…
et de sensibilité.
